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Alexandre Moulin : l’école à l’heure de l’intelligence artificielle (IA)
Si l’école débat de l’IA, les élèves n’ont pas attendu : ils l’utilisent
Pour Alexandre Moulin, il faut intégrer au plus vite les nouvelles technologies. Et, en particulier, l’intelligence artificielle (IA). Car les étudiants n’ont pas attendu de permission : ils l’utilisent déjà chaque jour. Mais l’IA, c’est aussi une vraie chance pour améliorer l’enseignement. Tour d’horizon, avec le directeur de l’Ecole Ardévaz, d’une révolution toujours plus rapide des outils, avec leurs avantages et inconvénients.

Le directeur de l’Ecole Ardévaz, Alexandre Moulin pendant sa conférence lors de la dernière assemblée générale (AG) de FUTURécole.
Pour mettre en perspective les défis, opportunités et vision qui attendent l’éducation de demain, Alexandre Moulin commence par illustrer la formidable accélération des nouvelles technologies et de leur intégration.

En deux siècles, on est passé de la création du premier collège à 85% de la population qui achève une formation au secondaire.
Toute la population (jeunes et vieux) a de moins en moins de temps pour intégrer les nouvelles technologies : tout va de plus en plus vite.

Le tableau est saisissant : il avait fallu 50 ans pour que l’électricité soit adoptée par le grand public. Et même 60 ans pour le téléphone… En comparaison, les smartphones se sont imposés en une demi-douzaine d’années, TikTok n’a eu besoin que de 18 mois. Et, en deux mois, ChatCPT comptait déjà cent millions d’adeptes !
Les ados ont depuis longtemps franchi le pas : ils vivent dans une société numérique

Pendant que les pédagogues et les responsables de la scolarité dissertent encore sur la manière de gérer l’IA et de l’intégrer dans le cursus scolaire, les ados ont déjà fait leur choix : ils vivent complètement en ligne et l’IA fait partie intégrante de leur quotidien !
Pour illustrer l’évolution, Alexandre Moulin compare Google à un annuaire qui dirige vers des sites, mais laisse à l’utilisateur la responsabilité de chercher les infos, de les trier et d’en faire la synthèse : c’est à chacun de faire le travail.
En revanche, ChatGPT ou les autres IA agissent plutôt comme un concierge qui comprend le contexte et la demande, qui est à disposition pour assister l’utilisateur. Jusqu’à le soutenir émotionnellement, tout en restant disponible en tout temps, 24 heures sur 24, sept jours sur sept.
Une présence réconfortante et une disponibilité maximale
Le directeur de l’Ecole Ardévaz ne cache pas les avantages de l’IA : l’avoir « sous la main » en classe permet aussi d’avoir l’historique des utilisations par les étudiants. Il en tire ainsi le constat que 70 à 80% des questions posées le sont sur la compréhension.
Or, dans la vie « réelle », dans les cours en présentiel, chaque étudiant pose, en moyenne, au maximum une question par cours. « En revanche, avec l’IA, si le jeune estime que la réponse obtenue n’est pas ‘bonne’, il va simplement interroger à nouveau l’IA ! », constate Alexandre Moulin

De son expérience, il estime qu’ainsi l’IA apporte un supplément d’humanité, tout en étant à la fois plus simple et plus utile.
Et les chiffres qu’il donne sont éloquents : pratiquement tous les jeunes utilisent les IA. Et 93% des 18-25 ans ont, au cours des six derniers mois, eu recours à au moins un service d’IA pour quelque usage que ce soit.

Différents modes d’utilisation
Parmi ses élèves, Alexandre Moulin distingue trois styles d’utilisateurs, à l’image de leur comportement général :
1. L’étudiant engagé
2. L’étudiant occasionnel
3. L’étudiant opportuniste
Mais, dans leur manière d’utiliser l’IA, chaque jeune constitue en fait un mélange entre ces trois types d’étudiants.
L’IA : le futur ascenseur social ?
Pour le directeur de l’Ecole Ardévaz, l’un des avantages majeurs de l’IA, c’est qu’elle peut constituer une sorte de répétiteur privé : « L’IA peut accompagner le jeune et favoriser sa réussite. Des études montrent qu’un étudiant qui bénéficie d’un soutien, d’un tuteur particulier a 98% de chance de réussite ! »
Or, selon les statistiques, en Suisse, 60% des étudiants ont des parents qui ont, eux-mêmes, déjà fait l’université. A l’inverse, sur l’ensemble de la population, seuls 15% des jeunes ont un parent avec un diplôme supérieur.
Or, l’atout de l’IA tient au fait qu’elle est toujours présente, toujours disponible, toujours prête à répondre à n’importe quelle question et jamais fatiguée.

« C’est un prof augmenté ! Je suis persuadé que l’utilisation de l’IA pourra fonctionner comme un nouvel ascenseur social. J’en suis d’autant plus convaincu que j’en vois déjà aujourd’hui des résultats », confie Alexandre Moulin.
Il souligne les investissements importants, aussi, voire surtout financiers, que les familles consacrent pour la formation de leurs enfants. Il rappelle que 50% des élèves ont des bourses. Et que beaucoup de familles se serrent la ceinture pour favoriser les études de leurs rejetons. Or, l’IA, c’est un maître privé et gratuit !
La prochaine étape : un robot personnel pour chaque étudiant ?
Et ce n’est que le début : quelques semaines après la conférence, l’-Ecole Ardévaz a introduit des robots humanoïdes qui ont une capacité de reconnaissance du jeune et de mémorisation de ses demandes.

Alexandre Moulin en train de tester le nouveau robot de l’Ecole Ardévaz.
« Avec ces robots à forme humaine, il est possible d’avoir un tuteur virtuel qui est capable de constater, sur le vocabulaire, après combien de répétitions, le vocabulaire est retenu ! » s’enthousiasme Alexandre Moulin.
Qui précise que les prix de ces robots humanoïdes sont tout à fait abordable : 500 francs pour les petits modèles et dès 6000 francs pour les exemplaires à taille humaine.
La solution d’Ardévaz : une IA interne

Pour Alexandre Moulin, le futur, c’est déjà maintenant …
Cela dit, l’Ecole Ardévaz n’entend pas laisser ses élèves en stabulation libre sur les différentes IA. Au contraire, l’institut a mis en place une solution où tous les documents mis à disposition des élèves restent complètement en interne.

… Et le changement risque fort d’être massif.
Pour « alimenter » ses élèves en support de formation, Ardévaz mise sur un produit de Google, NotebookLM. « Ce n’est pas la direction de l’école qui a proposé cet outil, ce sont les étudiants qui nous l’ont signalé en louant ses performances ! », s’amuse Alexandre Moulin.
Basé sur les cours des professeurs
Le NotebookLM d’Ardévaz est fondé et alimenté exclusivement sur les cours internes de l’école. « C’est la meilleure façon pour être absolument certains des contenus proposés », signale le directeur.
Selon son expérience, les étudiants l’utilisent de façon privilégiée en vocal, ce qui leur permet de donner plus de détails et de travailler plus rapidement.
Le directeur note aussi que NotebookLM est avant tout utilisé pour créer des podcasts plutôt que des vidéos ! La solution du podcast est vraiment très favorisée par les étudiants.
« En trois minutes, l’élève peut avoir un podcast de dix minutes, juste à 100% ! Idem pour une vidéo. »
Et qu’en pensent les profs ?
A cette question posée par la salle pour savoir comment Ardévaz a opéré pour faire bouger ses professeurs et les inciter à adopter l’IA, Alexandre Moulin réplique : « Notre gros avantage, c’est qu’on ne montre que les avantages ! »
Un exemple qui a eu pour effet de conquérir les profs de français : pour les dissertations, elles sont tout d’abord scannées et l’IA interne d’Ardévaz fait un premier check sur l’orthographe. Puis la même chose pour la correction et l’évaluation.
Avantageux pour enseignants et élèves !
« Cette solution non seulement décharge les enseignants d’une part sensible de la corvée des corrections. Ils peuvent ainsi se concentrer sur l’essentiel. »
« Et mieux encore : cela permet aussi de faire plus de tests et plus d’examens pour la même charge de travail. Un élément important pour une école dont les élèves doivent passer des examens de diplôme en externe, sans aucun ‘soutien’ des notes réalisées pendant l’année. » C’est sans doute pourquoi 70% des utilisateurs disent déjà merci à l’IA.
