Newsletter
Comme annoncé lors de notre dernière Assemblée générale (AG), la question de l’évaluation sera au cœur de notre engagement au cours des prochains mois. Dans cette perspective, à cette occasion, une présentation originale a offert une approche différente de cette problématique. Au vu de la participation plutôt modeste lors de notre AG (la faute à une date peu propice ?), votre Comité a pensé à la fois intéressant et approprié de vous en donner un écho sous forme de Newsletter.
Voici donc cette présentation d’un autre système d’évaluation expliqué non pas par ses concepteurs ou par ses enseignants, mais par une maman qui a vécu de l’interne ce modèle différent.
Une perspective donc plus décalée, mais aussi empreinte d’une plus grande distance. En l’occurrence, il s’agit du système Evalog, différent de celui pratiqué dans les classes en Valais, mais appliqué durant trente ans à l’école de Planzette à Sierre.
Cette intervention illustre aussi la volonté de FUTURécole de servir de plateforme d’échanges, non seulement réservée aux enseignants, aux pédagogues, mais aussi ouvertes à des tiers, en premier lieu, aux parents d’élèves.
Bonne lecture !
Votre Comité
En quelques années, dans l’éducation, les rapports ont beaucoup changé… Et en 2024 ?
Le regard d’une maman de trois enfants* sur la méthode Evalog
Votre Comité
Mme E. est mère de trois enfants aujourd’hui adolescents, qui ont vécu le système Evalog durant tout ou partie de leur scolarité primaire.
Elle a choisi d’intervenir en tant que maman qui témoigne au nom de sa famille, en répercutant aussi le regard de ses enfants et de son conjoint.
Ce point de vue ne prétend pas détenir une vérité, même si Mme E. a constaté, après une foule de discussions et d’échanges, que de nombreuses autres familles partagent cette vision.
* Par souci de maintenir un anonymat numérique, en particulier à l’égard de ses enfants, la maman et la famille seront appelés simplement Mme E. ou la famille E. (noms connus du Comité de l’association).
Les principaux outils d’Evalog
Le programme informatique de gestion Evalog, qui permet une évaluation progressive, offre plusieurs outils pour soutenir cette
démarche évolutive et constructive.
Tout d’abord, le bilan qui est à disposition non seulement des enseignants et des élèves, mais aussi des parents. Son but :
construire les apprentissages et les activités de classe. Principal avantage : ce bilan n’est jamais figé.
Il évolue grâce aux exercices réussis, mais également grâce à des remédiations proposées par l’enseignant ou demandées par
l’élève, qui peut en décider en fonction de sa motivation.
La remédiation est une démarche qui permet à l’élève de réviser une matière qu’il n’a pas comprise, de refaire un exercice qu’il n’a
pas maîtrisé, de « rattraper » une notion qu’il n’a pas captée.
Concrètement, le bilan prend la forme d’un portfolio qui permet de faire un état des lieux des objectifs atteints, de ceux
qu’on souhaite atteindre et de la façon dont on va s’y prendre. Il se présente ainsi :
Explications :
Les carrés signalent les objectifs fondamentaux à acquérir, les ronds désignent des objectifs de sensibilisation. Quand ils sont vides, cela indique que les objectifs concernés ne sont pas (encore) acquis. Quand ils sont pleins (ou noirs), c’est que la matière est comprise et maîtrisée par l’élève.
Au plan de la notation, en fin de période d’évaluation, les pourcentages sont traduits en notes. Divisé par 20 et augmenté du 1,0 de présence, le pourcentage donne la note : un 100% vaut donc un 6,0; un 85% 5,3 ; un 77% 4,8 et un 54% 3,70 ; etc.
A la différence de la moyenne d’une série d’examens qui essaie de faire la synthèse d’une suite d’images ponctuelles à un moment T, le système Evalog inscrit l’évolution de l’élève sous une forme de film qui fixe l’évaluation au niveau atteint à la dernière image et « gomme » les éventuels « accidents » de parcours (examen non réussi, « pêche » lors d’une « petite feuille » surprise, matière pas maîtrisée lors d’une interrogation orale, etc.).
Le point de vue de parents sur Evalog
Dans le système de notes, quand, le soir, Mme E. questionne ses enfants, la réponse est « bien, comme d’hab ». Certes, ce sont des adolescents, qui n’ont jamais été très loquaces. Le seul dialogue est celui de la note. Lorsque l’enfant apporte une note en dessous de 4,5, elle questionne, pour se rassurer : « Et les autres élèves ? » Ce dialogue induit des peurs, le parent considère que ce n’est pas suffisant et marchande pour obtenir mieux, avoir de la réserve, constate Mme E.
Autre « défaut » : les enfants attendent toujours le dernier délai pour rendre leurs notes et ce n’est jamais un moment agréable. Regret supplémentaire : tant que l’enfant est jugé être dans la norme, les parents ne voient pas l’enseignant, note Mme E.
Avec Evalog, comme les notes n’existaient pas formellement, le bilan et les retours réguliers permettaient de dialoguer avec l’enfant, mais aussi avec l’enseignant. Ces documents étaient des réalisations, des projets d’école et informaient sur ce que l’enfant avait compris non pas par rapport aux autres élèves, mais par rapport à l’enfant lui-même et aux objectifs du programme. Il était possible de reconnaître le travail fait par les enseignants, mais également celui fait par les enfants, relève Mme E.
Comme le bilan n’était pas définitif, il n’y avait pas d’inquiétudes étant donné qu’il était possible de s’investir pour progresser. Ainsi, il était possible de discuter et de négocier ce qui allait être fait pour évoluer. « On voyait nos enfants se responsabiliser, ça nous donnait confiance en l’école, en l’enseignant et en nos enfants », conclut Mme E.
Le point de vue d'élèves sur Evalog - notes ou pas notes?
Les avis des enfants ont été recueillis, dans leur langage original, « brut de décoffrage », avec leurs raccourcis et leurs exagérations :
✓ Bof, pour moi, ça change rien.
✓ Quand on reçoit la note on peut plus la changer. Des fois, j’ai envie de partir. Ça m’énerve.
✓ Sans les notes, c’était bien : on pouvait remédier !
✓ On n’avait pas besoin d’être parfait, on pouvait se tromper.
✓ Avec les notes, on est plus souvent déçus, même si on a « acquis ».
✓ Il y a des profs racistes. C’est de toute façon impossible qu’ils mettent des bonnes notes.
✓ Une fois, le prof, il a rajouté des points à tout le monde pour augmenter la moyenne, sinon fallait refaire l’examen. C’est débile.
✓ Des fois, on a des points cadeaux, on sait pas trop pourquoi. Du coup, la note, elle représente rien.
✓ Avec les notes, on a envie de pinailler et de discuter les réponses pour augmenter la note. C’est le seul moyen pour augmenter la note.
Le point de vue d’élèves sur Evalog – bilan ou bulletin ?
✓ A choisir ? Les objectifs et le bilan.
✓ Maintenant, on a les bulletins. Avant, on savait n’importe quand où on en était,... On n’avait qu’à regarder le bilan quand on voulait.
✓ Le bilan c’est plus logique, et on peut s’améliorer. Mais si on trouve que ça suffit, ben, on choisit. On n’est pas obligé de remédier tout. Et tu peux revenir dessus quand tu veux.
✓ Le bilan, c’est motivant, on voit qu’on s’est peut-être amélioré et on voit vraiment les choses sur lesquelles on doit retravailler.
✓ Le bilan : si y a un truc que t’as pas compris, tu peux toujours aller demander au prof pour remédier et revoir le truc que t’as pas pigé. Et tu peux avoir cet objectif atteint.
La synthèse en sept points
Mme E. formule les conclusions de sa famille sous forme de plusieurs points permettant, à leur sens, de qualifier le système officiel en comparaison avec l’expérience Evalog :
Face à la note et au bulletin
Sentiment d’injustice, de subjectivité des notes.
Sentiment récurrent de déception, même souvent avec de bonnes notes, à moins qu’elles ne soient très bonnes.
Sentiment que l’objectif est l’absence d’erreur.
Maintien dans la famille du vocabulaire « acquis » – « non acquis ». Peut-être en raison d’une recherche de repères ?
Sentiment d’impuissance car manque de compréhension et d’opportunité de changement de la note.
Attente du bulletin comme d’un jugement, d’un classement : génie, bon, moyen, nul...
Sentiment d’un rôle parental peu clair dans une relation parent/école pas très bien définie.
Face à l’objectif et au bilan
Accès au bilan, comme à une boussole.
Sentiment que faire mieux est possible.
Attitude plus positive.
Sentiment d’objectivité, de justice.
Compréhension du résultat.
Motivation accrue grâce à la responsabilisation : je peux faire mieux et c’est à moi de le faire avec l’étayage de l’enseignant.
Individualisation et différenciation des apprentissages possibles.
Baisse des tensions au sein de la famille (focalisation sur les possibilités plutôt que sur les difficultés).
Meilleure compréhension du parcours et de l’apprentissage de l’enfant.
Communication claire, sentiment de collaboration avec l’école.
Donnez-nous votre avis !
Le sujet a suscité votre intérêt ? Vous souhaitez y réagir ? Faites-nous connaître votre avis sur notre site :
https://futurecole.ch/zwook/newsletter-futurecole/evalog-famille
Lea le Sep 5, 2024 1:10 pm |
Bonjour à tou·tes, C'est un témoignage fort intéressant. En tant qu'ancienne planzettarde, je partage beaucoup des perspectives quant au sentiment face aux évaluations. Pour moi, je percevais celles-ci comme ayant l'objectif de faire un "état des lieux" plutôt qu'une sanction (dans le sens d'une évaluation formative et certificative de manière simultanée). La perspective de remédiation est centrale pour changer la vision de l'évaluation. Finalement, le bilan permettait de suivre son parcours de manière très simple et de choisir ses objectifs à travailler ou retravailler. |
Briguet Patrick le Aug 11, 2024 3:58 pm |
Poster ici vos commentaires |