Version originaleVO|dede|
 compte-rendu  

FUTURécole – Newsletter

Un bébé chute 2500 fois avant d’arriver à marcher

Pourquoi ne donne-t-on pas à nos élèves plus de chance de réussir ?

On ne juge pas les chances de développement d’un bébé à sa rapidité à marcher, ni au nombre de chutes qu’il lui aura fallu pour atteindre ce but. En revanche, les jeunes élèves sont très vite évalués sur leurs performances, selon un principe de sélection, plutôt que sur leur développement et sur leur niveau d’apprentissage. Les réflexions d’Anne Clerc-Georgy, Dre en pédagogie et quelques conclusions à en tirer.

Dre en pédagogie, Anne Clerc-Georgy a partagé ses réflexions lors d’une conférence publique organisée par FUTURécole.

Dans le cadre de la conférence intitulée « Enseignants fatigués, parents désécurisés, pédiatres débordés » et présentée récemment à FUTURécole, Anne Clerc-Georgy a esquissé les grandes lignes de propositions propres à favoriser une évaluation plus sereine pour tous les acteurs de l'école.

Quelle est ou devrait être la (vraie) mission de l’école ?

La pédagogue pose ce qui devrait être l’ambition de l’école vis-à-vis des enfants qu’on lui confie : « L’évaluation ne devrait pas conduire à constituer des catégories d’élèves. » Aujourd’hui, le système scolaire est conçu pour être capable de « trier » les jeunes selon leur performance : excellent, bon, moyen, passable, insuffisant, nul, etc. Dans ce contexte, la note apparaît comme le moyen idéal car elle classe les élèves et les distribue dans des catégories.

Or l’ambition initiale de l’école devrait plutôt être de promouvoir les apprentissages de tous les élèves. Pour que tous progressent, acquièrent les savoirs demandés et atteignent les objectifs assignés. Dans cette perspective, l’évaluation devrait commencer par déterminer ce qui doit être enseigné et comment.

Diversité, différences et… dérives

Reconnaissons déjà que, depuis un certain nombre d’années, les systèmes scolaires ont pris conscience de la diversité des enfants confiés et de leurs différents rythmes d’apprentissage. De ce constat plutôt bienvenu, le travail sur le terrain montre en revanche des dérives plus qu’inquiétantes.

Tout d’abord, les signalements d’élèves considérés comme en difficulté explosent, et ce dès le début de l’école. Comme s’il n’y avait pratiquement bientôt plus d’enfants « normaux », mais une très grande majorité de cas à problème. Dans la foulée, les consultations pédiatriques liées à l’école explosent. Et, finalement, résultat des courses : les appels au secours des institutrices et instituteurs se multiplient.

Force évaluations…

Dans ce contexte glaçant, Anne Clerc-Georgy tire un certain nombre de constats. Tout d’abord, le système scolaire tend à uniformiser ses pratiques, quel que soit l’âge des élèves. Conséquence : il ne tient pas compte des différences d’apprentissage et de rythme pour le faire. Plus délicat encore, ces différences sont comprises comme des difficultés.

Confrontée à ces situations complexes, l’école va souvent pratiquer des évaluations à foison. Ce qui est louable en soi. Sauf qu’elle n’en tire pas profit. Les évaluations effectuées apparaissent comme déconnectées de toute fonction de guidage de l’enseignement et de soutien à l’apprentissage. En fait, on dresse le constat, mais on n’en tire pas les conséquences pour favoriser le développement de l’enfant.

Un exemple de fiche proposée aux jeunes élèves.

… sans en tirer les conséquences

Pire, la préoccupation principale semble de conserver une trace des constats. Ce qui se traduit par une abondance de documents « papier ». Cet élément matériel, concret et tangible, a évidemment l’avantage de rassurer autorités et parents quant au travail accompli par l’enseignant ou même, cas échéant, de contrer par avance d’éventuels litiges.

Comment penser l’évaluation dans les premiers degrés de la scolarité.

Mais ces précautions administratives se font au détriment d’une observation outillée et d’une écoute attentive qui permettraient de saisir où ça « coince » chez l’élève. Finalement, le souci essentiel de l’école paraît de faire réussir, c’est-à-dire qu’il se perçoit sous l’angle de la quantification ou, mieux dit, de la performance.

Impression de sanction versus sentiment
de confiance

Aujourd’hui, le système scolaire reste ainsi profondément empreint d’un souci de classer et de créer des groupes de performance au sein des jeunes qui lui sont confiés. Pour l’élève, l’évaluation scolaire est – presque systématiquement – comprise comme une sanction qui en devient à la fois redoutable et redoutée. Qui met certes en évidence la lacune, mais néglige trop souvent (voire quasiment toujours) de remédier à la connaissance non acquise.

Diverses études montrent que l’évaluation ne devrait pas se faire en comparaison entre les individus qu’elle apprécie, mais juger l’état des lieux, les manques ou les progrès de la personne observée. Alors, certes, il ne s’agit de glisser vers une école à la carte, avec des programmes taillés sur mesure pour chaque élève. Mais, entre cet extrême irréaliste et irréalisable, il y a d’autres pistes que les solutions appliquées aujourd’hui qui, comme déjà dit, visent surtout à catégoriser, pour ne pas dire à éliminer.

Construire la sécurité et la confiance

De facto, le système qui prévaut presque partout ne parvient pas à construire chez l’élève de la confiance en l’école, en ses capacités personnelles à apprendre et en les adultes qui l’accompagnent dans ses apprentissages. L’ambition de la culture éducative devrait être de créer un sentiment de sécurité et de confiance, ce qui permettrait de mieux soutenir et de dépasser les différences.

Tout le monde a déjà constaté que la motivation est un facteur essentiel du succès. Et pour atteindre cette réussite, il convient de mettre les jeunes dans une posture de satisfaction personnelle et de confiance dans l’adulte. En bref, un cadre qui les encourage à faire les efforts requis pour développer leurs compétences et leurs connaissances. Et tout ceci requiert une attention soutenue et critique du personnel enseignant. Pour donner un exemple très concret : il y a une différence énorme entre lire et déchiffrer les lettres. Mais qu’est-ce qu’on évalue à l’école ?

Pendant la conférence.

Qu’est-ce qu’une bonne évaluation ?

Du côté de la recherche pédagogique, il y a consensus sur quatre grands principes. Tout d’abord, l’évaluation s’inscrit dans la relation complexe entre enseigner, évaluer et apprendre. Ensuite, face à la variété des situations permettant une appréciation, ladite évaluation doit être exploitée pour soutenir l’apprentissage.

En outre, il est impératif que l’évaluation soit perçue par les élèves comme un outil au service de leur apprentissage. Enfin, même si une moyenne de notes a l’avantage indéniable d’être un indicateur synthétique très lisible, elle s’avère inadaptée pour fournir un soutien efficace à l’apprentissage des élèves.

Un autre exemple de fiche proposée aujourd’hui aux jeunes élèves.

Les risques d’une évaluation trop normative

Intuitivement, on perçoit combien les évaluations, surtout dans le plus jeune âge, peuvent conditionner l’avenir et la formation des élèves. A défaut, on risque « d’engager l’élève (et souvent sa famille) à caractériser l’échec comme la marque d’une incapacité ou d’une absence de don pour une matière, voire ‘pour l’école’, dès le début des apprentissages », signale Anne Clerc-Georgy.

A ce titre, tout le monde connaît quelqu’un dont toute la famille était « ataviquement » nulle en math et ne possédait génétiquement pas la fameuse bosse en la matière. Ce genre de réaction est aussi la conséquence d’une évaluation qui n’est pas comprise par l’élève. Qui trouve, par ce biais, une excuse facile pour justifier son mauvais résultat.

Alors, quelle évaluation ?

Qu’on s’entende bien Anne Clerc-Georgy ne prône pas de réduire les exigences pour certains élèves. Mais bien d’adapter le guidage et l’aide proposée. Il s’agit en effet d’identifier les ressources et les acquis des élèves. Il convient ensuite de mettre les élèves dans des situations de réussite. Mais ne nous leurrons pas : ce succès ne sera pas nécessairement immédiat et ne touchera pas tous les élèves en même temps. Il faut le savoir et en tenir compte.

Enfin, il est essentiel de ne pas autoriser un enfant poursuivre le programme avec des lacunes ou, encore plus grave, en compensant un échec par un acquis. On notera ici l’ironie de la situation où l’on accepte dans les formations initiales ce que l’on refuse au niveau des examens de maturité…

Des pistes concrètes

Une évaluation visant la réussite admettra donc que tous les élèves n’atteignent pas tous en même les objectifs fixés. Que les comparaisons ne se fassent pas entre les jeunes d’une classe ou d’un niveau mais valorisent la situation de l’élève par rapport à ses résultats précédents.

Dans ce sens, il faut permettre à l’enfant de montrer ses acquis, ses ressources, ses progrès, mais aussi ses efforts ou ses lacunes. Il convient de l’impliquer, en lui apprenant à être évalué, mais aussi à s’auto-évaluer et à se projeter dans les apprentissages à venir.

Une conférencière passionnée, convaincue et engagée.

 Newsletter-conférence-Anne Clerc-Georgy.pdf

Suivez le lien ci-dessous pour proposer un commentaire.

Proposer un commentaire

Remerciements

Vianin Pierre le Feb 3, 2026 2:18 pm
Merci à FUTURécole pour l’organisation de cette conférence et à Anne Clerc-Georgy pour la clarté de son propos et la qualité de son intervention. J’ai apprécié en particulier le souci d’impliquer les élèves dans leur propre processus d'apprentissage. Il me semble essentiel également de guider les élèves, de différencier, mais sans réduire les exigences ! Anne Clerc-Georgy dénonce en particulier une école qui privilégie la performance et la sélection plutôt que le développement et l'apprentissage. Bravo à la conférencière et merci encore à FUTURécole !

×

Association: FUTURécole

Webmaster: Patrick Briguet

Téléphone: 0774127717

Crédit design: Evane Vianin


Identifiant :
Mot de passe :